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L’hôtel BRUN

L’HÔTEL BRUN, UN ANCIEN RELAIS DE POSTE ?

Daté du XVIème siècle et situé à l’angle de la grande rue et du chemin des Hermières l’hôtel Brun est une des plus anciennes maisons de Francheville le Bas qui soit toujours à usage d’habitation.

D’après la tradition c’était un « relais de poste » où des chevaux étaient disponibles pour renforcer les attelages avant de monter la côte de Petite Champagne.
Comme son nom l’indique il a longtemps servi d’hôtellerie, soit à l’année soit, pendant la première moitié du XXème siècle à des femmes avec enfants qui venaient l’été respirer l’air de la campagne réputé pour être excellent à Francheville. Les maris les rejoignaient le weekend par le tramway.
La partie café-restaurant a survécu à l’hôtel. Un piano mécanique animait la salle et les clients dansaient. Une autre attraction du lieu était les jeux de boules qui perdurèrent jusqu’à la fermeture en 1962. Par la suite une charcuterie s’est installée dans le local commercial jusque vers les années 2000.
La belle cour Renaissance avec sa galerie, son puits et sa fontaine a été remaniée dans le cadre du programme immobilier « Arca antica » en 2011 – 2012.

 

 

 

 

 

LACENAIRE, dandy, assassin, escroc, déserteur… et écrivain

                                       Pierre François Lacenaire est né le 20 décembre 1803 à Lyon. A cette époque ses parents Jean-Baptiste Lacenaire et Marguerite Gaillard habitaient 18 rue du Vieux-Château à Francheville (maison dite « Reyre-Félissent » actuellement, voir l’article correspondant du site). Ils avaient acheté ce logement en 1799 et l’ont occupé jusqu’à fin 1810. Mariés en 1793, ils n’eurent leur premier enfant qu’en 1799. Il fut suivi de 12 autres, très rapprochés (13 grossesses entre 1799 et 1809). Seulement six de ces descendants survécurent à la petite enfance. Cas fréquent à l’époque. Pierre François était le quatrième.

Si on en croit ses mémoires, son enfance fut malheureuse. Son père « rentier » était autoritaire et jaloux, à tel point que sa mère vivait une existence retirée. Pierre François n’était pas un enfant désiré. Placé immédiatement en nourrice (habitude fréquente dans les familles aisées), il s’était attaché à cette « seconde mère » et le retour dans la famille lui tira des larmes. Sa mère en conclut qu’il était un « enfant maussade et détestable » (mémoires p. 19) et le confia à Marie, une vachère de 17 ans promue bonne d’enfant pour la circonstance. Il en parle en termes émouvants tant leur tendresse réciproque, pendant dix ans, était grande:

«  Ô vous, qui voudriez voir le modèle de toutes les vertus sur la terre, allez à Francheville, c’est là que vous trouverez sans doute encore aujourd’hui cette femme, je peux dire sublime dans son état d’abaissement. »

Si nous insistons sur cette période franchevilloise, c’est parce que la petite enfance conditionne la personnalité. Un dernier mot à ce sujet:

« Lorsque je fus convaincu que rien ne pouvait me gagner le cœur de mes parents et les faire revenir de leur partialité pour mon frère, je descendis dans ma conscience, et je me demandai, de bonne foi, s’il y avait de ma faute; ma conscience me répondit que non; alors je cessai tout à fait de m’en affecter, et je me raidis contre leur froideur. Dès ce moment mon cœur fut fermé à mon père, et s’il n’en fut pas de même pour ma mère, c’est qu’un fils ne peut jamais cesser d’aimer sa mère. »

La famille quitta  Francheville pour Lyon, ville plus favorable pour les études de Pierre François et son frère qui étaient dans la même institution. Cela n’a pas duré car le frère était moins doué que lui. Il était pourtant le préféré de ses parents, d’où la jalousie de Pierre François. Cette période d’études a été chaotique: placé dans un établissement éloigné (à Saint Chamond) il en est renvoyé « pour avoir défendu le protestantisme devant un de ses camarades » et mis dans un petit séminaire à l’ambiance particulièrement rigide et rétrograde, puis dans un collège de jésuites de Lyon. C’est alors que Lacenaire commit sa première escroquerie aux dépends de son père en lui présentant une fausse facture du proviseur lui réclamant des frais de scolarité dans le but d’en encaisser le montant.

Passant place des Terreaux avec son père et y voyant par hasard la guillotine dressée pour une exécution il s’attira cette remarque « Tiens, regarde, c’est ainsi que tu finiras si tu ne changes pas. »

De sa jeunesse franchevilloise et lyonnaise Pierre François Lacenaire a gardé une grande misanthropie et un « esprit d’irréligion » .

La suite de sa vie telle que décrite dans ses mémoires peut difficilement se résumer. Après quelques petits travaux chez un avoué, un notaire, un banquier, il s’engage pour rapidement déserter. Il perd au jeu l’argent qu’il gagne en travaillant ou en escroquant les autres, y compris ses proches. Il reconnaît lui-même ne pas supporter d’avoir les poches vides et vouloir vivre au-dessus de ses moyens. Il parle de son premier crime avec désinvolture. Son adversaire l’ayant dénoncé à la justice, il l’entraîne dans les bois, le provoque en duel en lui tendant deux pistolets dont un seul est chargé. Il s’arrange pour que sa victime prenne celui qui est vide. Après avoir tiré en plein visage il laisse sur place le pistolet qui a réellement tiré pour faire croire à un suicide.

Après avoir encore tiré de l’argent de quelques victimes il s’adresse à ses parents. Son père accepte de l’aider une dernière fois à condition qu’il s’engage, ce qu’il fait avec 100 écus en poche donnés par sa mère. Ayant déserté de nouveau il retourne à Lyon pour apprendre que ses parents ont déménagé en Belgique suite à une banqueroute et se réfugie… à Francheville chez sa « bonne Marie » .

Se retrouvant ensuite à Paris, sans le sou, il décide « de devenir le fléau de la société« . Une escroquerie supplémentaire le mène en prison où il apprend l’argot et « presque toutes les manières de voler ».   A cela s’ajoute un sentiment de vengeance et de haine de la société, sans compter le cynisme et le mépris de soi (il dissèque son cerveau dans la préface de ses mémoires). Pendant son séjour « à l’ombre » il s’est aussi essayé à la poésie et devient écrivain public à la sortie, ce qui ne l’empêche pas de continuer à voler, en faisant notamment des faux en écriture (c’était un « professionnel » en la matière!). Comme on pouvait s’y attendre il a fait d’autres séjours en prison, ce qui lui ont donné du temps pour écrire. Un directeur de journal a publié quelques unes de ses œuvres. La collaboration a peu duré car il s’est jugé mal payé et, humiliation suprême, on lui a proposé d’être porteur de journaux.

Comme il l’a écrit lui-même, Lacenaire, il était une tête, il lui fallait un bras, qu’il a trouvé en la personne du menuisier Avril connu en prison. Chardon était un truand connu également en prison qui voulait le dénoncer pour ses nombreux faux, d’où une haine mortelle contre lui. Ensemble ils assassinent Chardon et sa mère. Lacenaire disparaît, mais comme il faut bien vivre, il commet encore des faux en écriture et c’est pour cela qu’il se fait prendre, à Beaune. Ayant arrêté Avril qui l’a dénoncé, la police ne tarde pas à trouver que l’escroc, malgré un faux nom, et l’assassin ne font qu’un.

D’après le portrait que nous avons de lui, Lacenaire n’avait pas du tout l’aspect d’un criminel de bas-étage mais plutôt d’un dandy, à la différence d’Avril. Il a donné libre cours à ses talents théâtraux lors de son procès d’assises du 12 au 14 novembre 1835 et à ses talents littéraires en prison. Ses mémoires en font foi. Son pourvoi en cassation a été rejeté et il a été guillotiné le 9 janvier

Sa vie a inspiré de nombreux auteurs et scénaristes.

« Les enfants du paradis », chef-d’œuvre de Marcel Carné sorti en 1945 met en scène un Lacenaire (Marcel Herrand) conforme à sa légende: fripouille et cynique. Il n’est pas le personnage principal, le film racontant les amours difficiles de Baptiste (Jean-Louis Barrault) et Garance (Arletty). La mise en scène de la foule fêtant le carnaval dans la dernière séquence est tout à fait remarquable.

Un autre film « Lacenaire » de Francis Girod est sorti en 1990. Daniel Auteuil est Lacenaire.